Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

*****

Les aides en vidéo

Philippe Mercier

 

Son forum d'aide

 

calculette scientifique
Wiris

flèches vers

Articles Récents

Des rubriques et des lieux

6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 22:12

Ici ce n'est pas le corrigé de l'épreuve de mathématiques, mais celui de l'épreuve de français dans sa partie rédaction.

 

La raison pour laquelle j'insère cette proposition de suite à l'histoire donnée dans l'épreuve (conte de Michel Tournier) est qu'il illustre la démarche de démonstration, et de plus sur un exemple de démonstration par exclusion des réponses contraires, en abordant de plus la notion de comparaison, ici fortement élargie.

 

Tout d'abord le début du conte de Michel Tournier qu'il s'agissait de poursuivre :

 

-------------------------------------------------------------------------------------------

Il était une fois un calife d’Ispahan qui avait perdu son cuisinier. Il ordonna donc à son intendant de se mettre en quête d’un nouveau chef digne de remplir les fonctions de chef des cuisines du palais. Les jours passèrent. Le calife s’impatienta et convoqua son intendant.

- Alors ? As-tu trouvé l’homme qu’il nous faut ?

- Seigneur, je suis bien embarrassé, répondit l’intendant. Car je n’ai pas trouvé un cuisinier, mais deux tout à fait dignes de remplir ces hautes fonctions, et je ne sais comment les départager.

- Qu’à cela ne tienne, dit le calife, je m’en charge. Dimanche prochain, l’un de ces deux hommes désignés par le sort nous fera festoyer, la cour et moi-même. Le dimanche suivant, ce sera au tour de l’autre. A la fin de ce second repas, je désignerai le vainqueur de cette plaisante compétition.

Ainsi fut fait. Le premier dimanche, le cuisinier désigné par le sort se chargea du déjeuner de la cour. Tout le monde attendait avec la plus gourmande curiosité ce qui allait être servi. Or la finesse, l’originalité, la richesse et la succulence des plats qui se succédèrent sur la table dépassèrent toute attente. L’enthousiasme des convives était tel qu’ils pressaient le calife de nommer sans plus attendre chef des cuisines du palais l’auteur de ce festin incomparable. Qule besoin avait-on d’une autre expérience ? Mais le calife demeura inébranlable. “Attendons dimanche, dit-il, et laissons sa chance à l’autre concurrent.” Une semaine passa, et toute la cour se retourna autour de la même table pour goûter le chef-d’oeuvre du second cuisinier. L’impatience était vive, mais le souvenir délectable du festin précédent créait une prévention[1] contre lui. Grande fut la surprise générale quand le premier plat arriva sur la table : c’était le même que le premier plat du premier banquet. Aussi fin, original, riche et succulent, mais identique. Il y eut des rires et des murmures quand le deuxième plat s’avéra à son tour reproduire fidèlement le deuxième plat du premier banquet. Mais ensuite un silence consterné pesa sur les convives, lorsqu’il apparut que les plats suivants étaient eux aussi les mêmes que ceux du dimanche précédent. Il fallait se rendre à l’évidence : le second cuisinier imitait point par point son concurrent. Or chacun savait que le calife était un tyran ombrageux[2], et qu’il ne tolérait pas que quiconque se moquât de lui, un cuisinier moins qu’un autre, et la cour entière attendait épouvantée, en jetant vers lui des regards furtifs, la colère dont il allait foudroyer d’un instant à l’autre le fauteur [3] de cette misérable farce. Mais le calife mangeait imperturbablement.

Michel TOURNIER - Les Deux Banquet ou la commémoration, Gallimard, 1989.

 

---------------------------------------------------------------- La proposition de suite ----------------------------------------------------------------

 

Tandis que le cuisinier qui avait préparé le premier repas du calife, l’original ! , se tenait immobile, dans une attitude respectueuse, faisant preuve d’une parfaite soumission, son adversaire en l’épreuve qu’il venait tous deux de subir s’avança d’un pas en direction de celui qui allait décider de leurs sorts.

Le calife l’examina sans dire un mot, des pieds à la tête, s’attardant longuement sur le visage rieur et lumineux du second candidat.

Ce dernier ne baissait pas les yeux devant celui dont tous dans le palais craignaient l’humeur imprévisible autant que les excès aux conséquences souvent funestes.

Un silence régnait où l’on aurait pu percevoir l’écoulement de la pensée d’une mouche.

Au terme de cet examen,  le maître d’Ispahan parla.

-         De ma vie je n’ai goûté des mets aussi savoureux accompagnés de façon si plaisantes à mon palais …

Il se tu alors et de nouveau un silence lourd et oppressant emplit les lieux.

Le calife poursuivit alors

-         Si ce n’est le dimanche qui précéda celui-ci
Aussi suis-je partagé entre le plaisir immédiat que m’a procuré ce festin et la désagréable impression d’avoir vu le cours de ma vie bégayer.
Et je vais te confier un secret que tous ceux qui tiennent à la vie vont s’empresser d’oublier :
Enfant, je bégayais. Ce n’est que par un long et épuisant travail sur moi-même que je suis parvenu à me délivrer de cette tare incompatible avec le rôle que je tiens en ce royaume et l’autorité dont je dois faire preuve chaque jour.
Ceci t’aidera à comprendre ma détestation sans borne pour tout ce qui se répète.

Une rumeur glacée traversa la salle.

-         Cependant, un tel talent mérite indulgence. Aussi, avant que mon bourreau ne sépare le lieu où se tient ton regard malicieux et sa source vive du reste de ton corps, je te laisserai un peu de temps pour t’expliquer

Cette dernière parole prononcée, il retourna un petit sablier qui se trouvait près de lui et fit signe au condamné que c’était à son tour, pour le temps mesuré par le sable, de parler.

L’homme fit un pas, une courte révérence, puis s’exprima en ces mots :

-         Oh ! Lumière de l’Orient, comme je suis triste, comme je suis désolé !

-         … ?!

-         Non pas pour moi, mais pour mon calife !

-         … ?!!!

-         Il va perdre le cuisinier le plus exceptionnel de son royaume … et de bien d’autres !

-         Un imitateur ?

-         Celui qui peut imiter à la perfection la meilleure réalisation d’un autre, n’est-il pas au moins son égal ?

-        

-         Or, l’égalité parfaite est-elle vraiment possible en ce monde ?

-         C’est le cas pour les deux repas que j’ai dégusté récemment !

-         Certes, l’égalité est possible, localement et pour un temps, mais dans le monde du vivant elle n’est jamais qu’une illusion momentanée.

-        

-         Ainsi, mon calife bien aimé, si je suis au moins l’égal de mon concurrent et que l’égalité parfaite n’existe pas, c’est que je lui suis nécessairement supérieur.

-        

-         Le maître de ces lieux, en me condamnant à mort perd donc le cuisinier le plus talentueux de ce temps.
Voilà la source de mon infinie tristesse, un sentiment qui ne doit rien à des motivations égoïstes, mais qui est tout entier inspiré par l’amour de ma patrie et de celui qui en conduit la destinée.

Quelques secondes s’écoulèrent, au terme desquelles le calife reprit la parole.

-         Je vais donc perdre le plus grand cuisinier de mon royaume !
Qu’on lui tranche la tête !

Tout sourire, toute malice, toute lumière disparut du visage de l’homme dont on venait de sceller le destin et qui se laissa emmener sans prononcer un mot de plus.

 

Lorsqu’il fut parti, le calife claqua des doigts et les musiciens se mirent à jouer un air dans la nuance la plus proche possible du son qui venait d’être émis.

 

Alors, le maître d’Ispahan se murmura à lui-même

-         L’industrie attendra bien encore quelques siècles !

 

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Partager cet article

Repost 0
Published by comeau-montasse Brunstein - dans Brevet des Collèges
commenter cet article

commentaires