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17 juin 2006 6 17 /06 /juin /2006 09:30
1841

ENSEIGNEMENT UNIVERSEL



MUSIQUE




MES CHERS ELEVES,

 

 

 

 

Vous me demandez quelle est la marche qu’il faut suivre pour enseigner la musique lorsqu’on n’est pas musicien ; je vous avoue que cette question me causerait de l’étonnement, si je ne savais par ma propre expérience, combien l’esprit humain est paresseux et inattentif.

Il y a bien longtemps que je vous ai exposé la méthode dont vous me priez aujourd’hui de vous donner le développement. Le premier volume, sur l’étude de la langue maternelle, contient tous les renseignemens dont vous avez besoin pour enseigner quoi que ce soit ; le deuxième volume , sur l’étude d’une langue étrangère, n’est que la répétition du premier ; et, dans celui-ci, vous me forcez à retomber dans des redites perpétuelles et inévitables, puisque la méthode est universelle.

Je suis, comme vous le voyez, d’une impudence incurable. Les savans ont décidé que l’Enseignement universel ne s’appliquait pas même à l’étude des langues, et je suppose que les savans ne savent pas ce qu’ils disents : cela n’est pas poli ; mais qu’importe, pourvu que cela soit vrai. Il m’est venu, il y a quelques jours, un de ces messieurs. Il me salue ; je le prie de s’asseoir.

-      A qui ai-je l’honneur de parler ?

-      Je suis Français.

-      A quoi puis-je vous être bon ?

-      On dit que vous avez une méthode universelle ?

-      Oui monsieur, à vous servir.

-      Je désirerais la connaître, non pas pour moi, mais pour quelques enfans qui me sont confiés, et dont les pères veulent absolument que je leur enseigne la musique ; je me suis d’abord défendu en riant, j’ai cru que ces pères devenaient fous ; enfin je leur ai présenté, le plus sérieusement qu’il m’a été possible, que je ne savais point la musique et que par conséquent leurs instances étaient ridicules.
Point d’affaire, voyez monsieur Jacotot, il ne sait pas la musique et ses élèves sont tous de petits Rossini ; ils vivent, il exécutent, ils composent, ils improvisent (Lisez le prospectus du volume sur la musique).
Voyez M. Jacotot, parlez à M. Jacotot, consultez M. Jacotot. Ce grand homme !

-      Ah ! monsieur ... lui-dis-je en l’interrompant.

-      Cet homme extraordinaire, reprit-il sans m’écouter, cet homme miraculeux vous dira ce qu’il faut faire pour ne pas faire comme vous faites ; nos enfants n’avancent point. Voyez M. Jacotot ; ils ne sortent pas de là.
Fatigué de ces plaintes, je me résolus d’aller à Louvain, et me voici. Allons M. Jacotot, je vous écoute ; parlez, que faut-il faire pour que ces petits mauvais sujets sachent la musique ?

-      Il faut qu’ils l’apprennent, monsieur

-      Mais que faut-il pour qu’ils l’apprennent ?

-      Il faut qu’ils le veuillent.

-      Mais comment donner de la volonté à cette canaille (comme dit le maître d’école de La Fontaine) ? Voilà le point. Or, je suis docteur ès-lettres, et je n’ai pas encore pu résoudre ce problème.

-      Ni moi non plus, monsieur ; je suis pourtant docteur ès-lettres, docteur en droit et docteur ès-sciences.

-      Oh ! monsieur, comment ? ...

-      Remettez-vous monsieur le docteur ès-lettres ; tout cela ne prouve rien, ce n’est que de l’entourage social ; toutes ces valeurs empruntées n’ont rien de stable, la société donne ou retire à son gré ces costumes qui imposent au vulgaire,et ne laisse, quant il lui plaît, au docteur dépouillé, que sa nullité primitive ou son mérite intrinsèque, qui n’est bon à rien tant qu’il est seul.                       .
Mais laissons là ces boutades d’une philosophie chagrine ; et rions au moins quand il s’agit de musique. Je reviens à ce que vous disiez. Donner de la volonté à l’homme cet être est libre de sa nature ; il cesserait de l’être si l’on pouvait le forcer à vouloir ; on tâtonne, on essaie, on change de moyens, on l’effraie par des punitions, on l’éblouit par des promesses, on le séduit par des caresses ; tout cela prouve la patience du maître ; mais le succès n’est pas le fruit d’une méthode ; ce qui vous réussit aujourd’hui ne produit plus d’effet le lendemain. Puisque vous avez le malheur de gouverner des enfans, vous savez comme moi combien de peine il en coûte ! Il faut travailler sans cesse sans autre espérance, dans ce labeur, que de réussir par hasard et par intervalles.

-      Cela est vrai. 

-      Et bien ! Ne me parlez donc plus de la volonté de vos élèves ; s’ils n’ont pas le désir de s’instruire, s’ils sont sourds à vos paroles, je vous plains ; changez d’état ou prenez patience ; vous n’avez pas besoin de venir me trouver pour savoir cela : tous les pères, tous les maîtres du monde l’apprennent chaque jour par une cruelle expérience.

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Published by comeau-montasse Comeau-Montasse - dans Textes sur l'enseignement
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commentaires

Liu 07/01/2007 10:09

la volonté. Tout est là.et recevoir comme un cadeau ce qui surgit, lumineuxpar intervalles. ce texte est tout simplement magnifique.

Comeau-Montasse 01/02/2007 09:06

Ouiil remplacerait bien des formationscensées faire de l'enseignement une science pure