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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 21:34

Les recherches récentes dans le domaine des neurosciences montrent que le cerveau humain n'a pas comme on le croit souvent des capacités illimités. En particulier il est totalement faux de dire que l'on n'utilise qu'une faible partie (souvent on avance 90%) de son potentiel.

Il serait plus juste de dire que l'on ne sait pas encore très bien comment le cerveau humain fonctionne et donc quel est le rôle précis de certaines de ses parties.

Par contre ce qu'ont montré les scientifiques de ces domaines, c'est que le cerveau était le siège d'une compétition constante. En effet ils ont constatés que les activités de l'hommes influaient sur la reprogrammation de zones de neurones ainsi que sur leurs connexions (synapses). Ainsi par exemple, l'apprentissage de la lecture s'installe progressivement dans une zone impliquée dans la reconnaissance visuelle (des objets et des visages). L'apprentissage de la lecture occasionne donc une baisse de l'efficacité dans la compétence dont elle a reprogrammée une partie des neurones dédiés.

Si on considère l'ensemble des "reprogrammations" que l'humain provoque par les apprentissages de l'éducation (notamment en rapport avec la perception et manipulation de formes abstraites) on comprendra pourquoi l'humain est beaucoup moins performant dans de nombreux domaines pour lesquels des animaux excellent, dans des compétences que l'on rattache souvent à ce qui serait un "instinct" alors que probablement une grande majorité correspond à des domaines dans lesquels l'homme a pu lui aussi exceller, avant toutes ces activités culturelles apparues récemment.
(Les premiers représentants du genre Homo seraient apparus il y a environ 2,8 millions d'années, l'écriture quant à elle serait apparue il y a à peine 4 mille ans. Ce qui, si on ramène l'existence des Homo à un jour, équivaudrait aux deux dernières minutes.)

Ce préambule permet d'expliquer pourquoi, certains animaux peuvent être supérieurs à l'homme y compris dans le domaine de l'intelligence pure. C'est à dire dans la capacité à inventer des solutions pour des problèmes en rapport avec des situations inédites et comportant un très grand nombre de variables interagissant de manière complexe (non additive). 

Ce qui est le cas de manière différente dans les deux vidéos ci-dessous.

On pourra arguer ici qu'il s'agit d'une simple performance liée à la mémoire. 

Il n'en est rien et cela, tous ceux qui ont travaillé avec des enfants dyslexiques le savent bien. Car ici il ne s'agit pas seulement de se souvenir de ce qui a disparu, mais il faut encore relier cela à un ordre (les deux compétences étant sans relation) et en même temps agir au niveau de la motricité en conformité avec cet ordre.

Pour cette tâche complexe, le singe est plus performant que l'homme et c'est tout à fait naturel. En effet nous avons vu plus haut que, en l'absence d'un apprentissage de la lecture, l'homme serait (et c'est le cas des analphabètes) bien meilleur dans la reconnaissance des formes. Par ailleurs le singe est bien plus naturel dans son corps que l'homme et son geste (que l'on dit instinctif) est très coordonné et précis.

 

Dans la seconde vidéo, il est moins question de virtuosité (domaine dans lequel la machine peut rivaliser avec l'homme et donc avec le singe) mais plus d'intelligence au sens qui a été évoqué plus haut  (capacité à inventer des solutions pour des problèmes en rapport avec des situations inédites et comportant un très grand nombre de variables interagissant de manière complexe (non additive))

Ici encore, le singe a été plus "intelligent" que l'humain.

Un reportage plus complet, récemment passé à la télévision, montre que des adultes ont également été mis en échec face à cette situation. Et si quelques uns sont parvenu à trouver la solution pratiquée par les singes, il leur a fallu beaucoup plus de temps.

On peut d'ailleurs se demander s'ils auraient trouvé si on ne leur avait pas dit qu'ils avaient le droit d'utiliser toutes les ressources de la pièce, comme on leur a précisé à chaque fois. Consigne dont n'ont pas bénéficié les singes (sourire)².

Petite cerise sur le gâteau. Un singe mis dans la situation, sans qu'il puisse se procurer un quelconque liquide a ... uriné dans l'éprouvette pour faire flotter la cacahuète !
L'art d'utiliser au mieux toutes les ressources disponibles ... n'est-ce pas le propre même de l'intelligence ?

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S'il faut chercher une raison de la moindre performance humaine dans cette situation, on peut la trouver du côté d'une moindre compétence à inclure tous les éléments de la situation dans un problème. 

L'école elle même prépare peu à ce genre d'intelligence (alors même que c'est à ce niveau d'intégration qu'elle est utile dans la vie de tous les jours) On pourrait même penser qu'elle contribue à cette inefficience du fait même de la manière dont on y découpe constamment les composantes d'une situation, qu'on y apprend surtout des méthodes.
Autre explication possible : ce genre d'expérience ressemble à un test, et à l'école un test est  très souvent générateur de stress (existance de la note), voire de blocage et souvent de baisse dans le niveau de performance qui aurait pu être celui d'une situation neutre sans connotation d'évaluation.

On voit donc, grâce à ces deux situations, à quel point certaines qualités, utiles dans un monde non totalement fonctionnalisé (Dans un tel monde les réponses seraient entièrement préprogrammées  - voire carénées - et ne pourraient plus être accessibles de façon fine) doivent être préservées et même développées dans le cadre de l'école.

Plus encore, il est indispensable de ne pas engager trop tôt l'enfant dans des apprentissages fermés, à but techniques, qui coloniseraient de façon importantes des zones du cerveau utiles pour des compétences plus générales.

Récemment suivant le fil twitter d'une conférence en rapport avec les nouvelles technologies et l'éducation, j'évoquais à deux personnes qui y assistaient cette possibilité de perte d'une compétence par l'enseignement d'une compétence concurrente ainsi que la nécessité d'un questionnement de l'enseignant rencontrant ce que l'on nomme "résistance à l'apprentissage"

(extrait ) "ce qui est perçu comme résistance à un apprentissage doit questionner sur la nécessité de cet apprentissage pour la personne concernée"

J'ai reçu en retour de l'une d'elle un message de doute, et de l'autre un retour frisant l'agressivité (j'étais un rétrograde inconscient de tout ce qu'il fallait absolument faire pour que l'enfant devienne un être social).

Il semblerait que cette compétition neuronale des apprentissages ne soit pas vraiment intégrée par les enseignants.
Peut-être même que cette possibilité est un peu irritante pour qui pense que SA matière est capitale et n'imagine pas qu'un de SES apprentissage puisse nuire y compris (surtout !) lorsqu'il aboutit parfaitement au résultat visé.

Un numéro spécial récent de Science et Vie fait le point sur les dernières avancées des neurosciences en rapport avec le  "Réussir à l'école". Dans cette publication est évoquée l'utilité pour les professeurs de l'éducation nationale d'intégrer un certain nombre de connaissances nouvelles sur le cerveau humain.

L'un de ces intérêts serait de ne pas insister trop sur certains apprentissages non fondamentaux et d'éviter, avant les classes de lycée, que trop de ces apprentissages aillent jusqu'à l'expertise afin d'éviter de mettre en place des modèles de réponses (ou des concepts) susceptibles d'enfermer l'intelligence dans une trop grande abstraction.

C'est la grande souplesse du cerveau de l'homme qui lui donne son avantage - hors quelques situations particulières - sur les autres animaux dont la croissance est bien plus rapide et donc plus limité. Il serait dommage de refaire l'évolution à l'envers en colonisant le cerveau des enfants par des compétences étroites et de bas niveau voire même en réduisant la diversité de ces compétences du fait de privilégier un registre particulier (le code, le numérique précis sans continuités autres que déductives par opposition au monde de l'analogique, flou et proposant des chemins de sens par le biais de l'induction )

Une des grandes qualités de notre civilisation est sa capacité à accélérer les processus, notamment de fabrication et de déplacement. 
On voir avec du recul que cette qualité a aussi son revers. En permettant la production rapide, elle rapproche la conception de la fabrication et supprime en grande partie le temps de l'adaptation.La technique permet de supprimer les contraintes, notamment du contexte.
Les anciennes villes étaient cohérentes - belles ? - parce qu'elles s'étaient construites dans la durée. La plupart des nôtres sont des juxtapositions au mieux de performances d'architectes, au pire d'objets d'habitation plus ou moins fonctionnels s'ignorant les uns les autres par zones).

Cela a fait dire à certains à propos de l'urbanisation que :
"Il se pourrait bien qu'un certain nombre d'architectes d'aujourd'hui soit dénoncés un jour comme véritables criminels contre l'humanité" (Thomas Bernhard) *

Ce reproche pourrait bien être fait aux éducateurs qui, bénéficiant eux aussi de moyens pour rendre plus efficace l'atteinte de leurs buts, en viendraient à modeler l'humain à la manière dont Le Corbusier souhaitait le faire pour notre habitat. Il n'est pas certain par exemple que l'apprentissage massif du code (par le biais d'une programmation par bloc ) dès l'école primaire, ne colonise des zones du cerveau dont nous ne verront l'emploi que lorsque la compétence qui y résidait ... aura disparu.

Apprenons leur plutôt l'art de pécher 

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Cité par Denis Grozdanovitch dans "Le génie de la bêtise"

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Published by comeau-montasse Comeau-Montasse - dans intelligence enseignement neurosciences
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