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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 23:36

Le codage à l’école – apprentissage fondamental, Gadget … Outil de remédiation pour public en difficulté ?

 

Concernant l’intervention de Jean-Marc Monteil ( « chargé d'une mission sur le numérique dans l'Education nationale » ) dans l’émission « rue des écoles » de France-Culture (dimanche 25 septembre « Education, quelles fractures numériques ? » (disponible en réécoute))

Il y aurait beaucoup à dire, sur les propos de JMM, du mélange d’informations généralistes vieilles de plus de 30 sur la révolution numérique (Monsieur Monteil a-t-il lu Pierre Levy ?), où de plus de 80 ans concernant les mutations profondes de notre société (Monsieur Monteil a-t-il lu Lewis Mumford ?), mais je ne m’attacherais ici qu’à ce qui m’a le plus choqué dans les propos de JMM.

Tout d’abord sur la forme.

Intervenant après Karine Mauvilly[1] qui avait évoqué l’introduction récente du codage dans les programmes de l’école primaire et du collège, et qui avait à ce propos parlé de « gadget », il mêle le ricanement à la déformation des propos.

Ou plus exactement, il montre bien ce que peuvent être les dérives du numérique, dont une des fonctions principales est d’isoler les entités de sens (copiage, collage, efforts pour donner un sens plus ou moins normé et complet …). JMM décontextualise les propos de KM et lui prête une affirmation plus générale « le codage serait un gadget » dans l'absolu. Ce qui lui permet d’évoquer des lieux hors de l’école et du collège où le codage est un outil de production particulièrement efficace et de ridiculiser une position qui mérite pourtant d’être prise en compte.

Sur le fond

Selon JMM le codage deviendra à terme un apprentissage fondamental, tout comme lire, écrire et compter.


(exemple d'activité proposée avec le langage choisi dans l'éducation nationale : scratch. Ou comment apprendre à parler " "petit nègre" ")
 

A moins que Monsieur Monteil ait une définition très personnelle du codage et de ce qu’il est prévu d’enseigner sous ce nom, dans l’institution qui l’emploi, cette prédiction est une énormité.

Ce codage (n’)est(qu’) une réduction (instrumentalisée, ou « outillée ») d’un certain nombre d’apprentissages fondamentaux enseignés actuellement à l’école. Apprentissages qui ont rapport avec le langage et sa maitrise (dont par exemple les opérateurs logiques constamment présent derrière toute structure langagière, squelette de la grammaire)

Pour donner une idée de ce qui est énoncé là, par monsieur le chargé de mission, c’est un peu comme si au lieu de viser à la maitrise de la main en donnant à l’enfant des cubes et d’autres objets pouvant être assemblés de façon fines et « continues » (c’est-à-dire sans emboitements préconçus), on le faisait en donnant à celui-ci des pièces de LEGO[2].

Le langage est au codage ce que la pâte à modelée est au LEGO. Les seconds membres étant des réductions dans le domaine du discontinu (ce qu’est précisément le numérique) de ce qui s’exprime dans les premiers membres.

Le codage peut avoir sa place à l’école, mais pas du côté des apprentissages fondamentaux comme JMM le prophétise. .Il pourrait être un outil au service des élèves en grande difficulté langagière, un moyen de réduire la syntaxe, le vocabulaire, la grammaire etc. de façon à proposer une activité de remédiation travaillant sur les fonctions cognitives déficientes des élèves concernés.

 Mais pour des élèves n’ayant pas de difficultés insurmontables il est effectivement un gadget, une activité qui n’apporte rien de plus que l’enseignement d’un latin simplifié à l’extrême, agrémenté de ce que la firme Disney est capable de produire pour rendre un environnement (film, parc, activité …) ludique. (Sans la richesse culturelle que propose cette langue ancienne et tout ce que ses rapports – non purement formels – avec la nôtre permettent en termes de charge de significations

Lewis Mumford engageait en 1934 l’homme à mieux comprendre la machine et les objets techniques qu’il produisait de manière à permettre une meilleure intégration de ceux-ci et à diminuer l’appauvrissement systématique dont leur introduction était la cause.[3] Il serait utile que ceux qui sont responsables au plus haut niveau des innovations dans le système scolaire aient un regard large qui englobe autant le passé[4] que l’existant et le futur.

A propos du futur, on peut se demander si l’on ne se fourvoie pas complètement en dotant nos enfants de compétences techniques (car il s’agit bien de cela lorsqu’on regarde les documents de mise en œuvre de cette initiation au codage) qui seront bientôt obsolètes.

En effet, tout ce qui, dans la production par l’homme, est susceptible de se voir remplacer par une machine, le sera à plus ou moins long terme. Or, la transcription en code d’une séquence de travail en rapport elle-même avec une machine, est une activité bien plus facile à programmer que la traduction automatique d’une langue à une autre (lorsque le propos est non technique)

Les codeurs de notre époque sont peut-être les opérateurs des filatures du passé et les chômeurs de demain, lorsque[5] le concepteur d’un programme l’écrira en « langage naturel (technique, mais naturel) » et que cette rédaction sera traduite[6] par un ordinateur en « langage machine » (ou que, grâce aux travaux fait dans le domaine de la sémantique informatique, les ordinateurs fassent eux-mêmes cette traduction)

(Il serait peut-être temps de relire l’ambitieux programme des objectifs de la « Stratégie de Lisbonne » de 2000 et de voir ce qui n’y a pas fonctionné …)

 

 


[1] , co-auteur du livre "Le désastre de l'école numérique"

[2] Il ne s’agit pas ici de dénigrer ce jeu de construction, mais de montrer en quoi il est une réduction, utile dans le jeu, pour la main  autant que pour l’esprit, des jeux de construction sans emboitement.

A trop utiliser ce qui s’emboite parfaitement on conduit nécessairement à une certaine rigidité mentale qui incite à chercher constamment l’ajustement parfait entre deux pièces, réalités, idées, correspondances ….

[3] « Nos vastes gains dans l’énergie et la production se sont partiellement manifestés par une perte dans les formes et par un appauvrissement de la vie. » (1934 !)

[4] Cela fait très longtemps que le langage LOGO, est utilisé pour le type de remédiation évoqué en permettant tout ce qui est en jeu dans la programmation, mais avec un matériel de base simple (à la différence de SCRATCH produit retenu à ce jour par l’éducation nationale). De même, des outils tels que les Ateliers de Raisonnement Logique travaillent les structures fondamentales nécessaires à la réflexion, pour les élèves (y compris adultes) en difficulté à ce niveau.

[5] Cela déjà se faisait à British Telecom en 1992 pour les didacticiels de formations internes

[6] chez British Télécom, il s’agissait d’un secrétariat ad-hoc

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commentaires

Lommé 05/10/2016 07:16

Bonjour,
J'ai pu découvrir ton blog et je suis bien contente de l'avoir découvert. Lorsque j'ai reçu ton commentaire, au départ je l'ai publié, puis le l'ai lu. Du coup je l'ai supprimé : veux-tu que je le publie ou ne veux-tu justement pas ? Je préfère avoir ton autorisation, même si je trouve qu'il apporte beaucoup...
Bonne journée !

aunryz 05/10/2016 17:47

Tu l'as bien sur !
je pense qu'il faut que la parole circule
et qu'on ne peut que gagner à échanger..
C'est d'ailleurs pour cela que je regrette que dans certaines académies il n'existe que des listes propriétaires descendantes dont les inspecteurs sont les seuls acteurs, et qui ne permettent aucun échange. Alors que par exemple, dans l'académie de Nancy Metz il existe une liste de professeurs de mathématiques (de l'académie) qui fait circuler des informations intéressantes (une conférence prochaine sur l'ordinateur quantique) et permet le dialogue transverse.
--- sinon ---
J'ai bien apprécié également ton partage de ressenti.
Par exemple ton
" Non, j'peux pas. J'fais n'importe quoi, pour pas que il me crie."
est extraordinaire.
En même temps qu'à faire pleurer.
Il y a des gamins réfugiés dans cette attitude qui régressent de la sixième à la troisième et, "finissent" soit fané, soit révoltés.
Pendant que des élèves "doués" (pour l'apprentissage scolaire) se permette de te faire remarquer que "monsieur c'est n'importe quoi d'autoriser le cahier dans un contrôle, on ne fait pas comme ça !"
et que lorsque tu leur réponds que tu ne testes pas encore " la mémorisation de la leçon" mais "la capacité à l'utiliser" ils sont encore plus mécontents, parce que ça leur retire un avantage sur les autres et que même, ça peut leur permettre d'être rattraper dans le résultat.
Bonne journée à toi.